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Directive européenne 2023/970, transparence salariale, reporting des rémunérations et égalité femmes-hommes : enjeux, exemples chiffrés et bonnes pratiques pour les entreprises de l’événementiel B2B.
Transparence salariale : les entreprises de l'événementiel face à l'échéance du 7 juin

Transparence salariale dans l’événementiel : une directive européenne qui bouscule les pratiques

À moins d’un mois de l’échéance européenne, la transparence salariale dans l’événementiel B2B devient un sujet brûlant pour chaque entreprise du secteur. La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 sur la transparence des rémunérations, publiée au Journal officiel de l’Union européenne, impose d’afficher une fourchette de salaire dans toutes les offres d’emploi, interdit de demander l’historique de rémunération et renverse la charge de la preuve en cas de litige sur les écarts de rémunération entre femmes et hommes. Pour les entreprises françaises de l’événementiel, qui vivent de pics d’activité, de contrats courts et d’intérim, cette obligation de transparence salariale rebat les cartes des politiques de rémunération, des grilles de salaires et des pratiques de recrutement.

Le futur projet de loi en France doit transposer cette directive européenne sur la transparence salariale, mais les textes de loi prennent du retard alors que l’échéance européenne approche et que les entreprises francaises restent massivement en dehors des radars de la conformité. Selon une enquête 2024 de l’ANDRH et de l’Observatoire de la rémunération, disponible sur le site de l’ANDRH, seulement 6,2 % des entreprises ont un projet de mise en conformité formalisé, tandis que 75 % n’ont même pas commencé à structurer leurs données de salaires et de rémunération par poste et par type de contrat. Ce décalage entre l’obligation européenne de transparence salariale et la réalité du terrain crée un risque juridique, mais aussi un risque d’image pour chaque entreprise qui publie des offres d’emploi sans afficher salaire ni fourchette salaire claire.

Le mouvement est pourtant déjà enclenché côté candidats, car une étude 2023 de l’APEC et de Pôle emploi, consultable sur le site de Pôle emploi, indique que 51 % des talents déclarent ne plus postuler aux offres d’emploi sans salaire affiché, ce qui pèse directement sur les recrutements en tension dans l’événementiel. Dans un secteur où le travail en flux tendu, les plannings d’équipes et les profils pénuriques sont la norme, ne pas afficher un salaire précis ou au moins une fourchette offres crédible revient à se priver d’une partie des candidatures qualifiées. La transparence salariale événementiel n’est donc pas un gadget réglementaire, mais un levier stratégique pour sécuriser l’emploi, réduire les inégalités salariales entre femmes et hommes et clarifier les critères de rémunération dans toutes les offres.

Événementiel B2B : écarts de rémunération, intérim et reporting obligatoire à organiser

Le cœur du problème pour les entreprises de l’événementiel réside dans les écarts de rémunération entre CDI, CDD, freelances et intérimaires, qui cohabitent sur un même événement avec des salaires parfois très éloignés. La directive européenne sur la transparence salariale impose un reporting des salaires entreprises pour les structures de plus de 250 salariés chaque année, puis tous les trois ans pour celles entre 100 et 249 salariés, avec correction obligatoire dès qu’un écart de rémunération dépasse 5 %. Dans un secteur où les salaires moyens varient fortement entre un chef de projet senior, un régisseur technique, un hôte d’accueil ou un renfort logistique, les entreprises doivent objectiver leurs critères de rémunération pour éviter des écarts de rémunération injustifiés entre femmes et hommes sur des postes comparables.

Concrètement, une agence événementielle B2B qui organise un congrès de 1 000 participants peut, par exemple, afficher une grille de rémunération type : chef de projet senior en CDI entre 3 200 € et 3 800 € brut mensuels, coordinateur logistique en CDD entre 2 300 € et 2 700 €, régisseur technique freelance facturé entre 350 € et 450 € la journée, hôte d’accueil intérimaire entre 13 € et 16 € brut de l’heure. Si, à poste équivalent et ancienneté comparable, une cheffe de projet est payée 3 100 € quand son homologue masculin perçoit 3 600 €, l’écart de rémunération dépasse le seuil de 5 % et doit être justifié par des critères objectifs ou corrigé dans le cadre du reporting salarial et des plans d’action égalité femmes-hommes.

Les obligations de transparence salariale vont aussi obliger chaque entreprise à documenter précisément les critères de rémunération utilisés pour fixer un salaire, une prime d’événement ou une grille d’astreinte, afin de pouvoir justifier les écarts de salaires entre salariés sur un même poste. La directive rendant la charge de la preuve à l’employeur en cas de contentieux, il ne suffira plus d’arguer de la « rareté du profil » ou de la « négociation individuelle » pour expliquer des écarts de rémunération persistants entre hommes et femmes. Dans ce contexte, les directions RH de l’événementiel vont devoir sortir d’une logique opportuniste de négociation au cas par cas pour construire des grilles lisibles, cohérentes et alignées avec les textes de loi européens et français.

Ce chantier de transparence salariale événementiel ne se limite pas aux fiches de poste, car il touche aussi la gestion des équipes projet, la répartition des primes et la reconnaissance des compétences comportementales clés dans les métiers de l’événement. Pour structurer ces critères de rémunération et mieux piloter les équipes, certains acteurs commencent déjà à s’appuyer sur des référentiels de profils comme la méthode des « 4 colors » pour le management d’équipes événementielles, présentée dans ce guide sur la pilotage des événements B2B par les profils comportementaux. Clarifier ce qui est rémunéré, pourquoi et comment, devient indispensable pour réduire les inégalités salariales femmes hommes et sécuriser les futures négociations collectives dans le secteur.

Comment les entreprises événementielles peuvent anticiper sans attendre la loi française

Le report de la transposition française ne doit pas servir de prétexte à l’inaction, car l’obligation européenne de transparence salariale s’imposera de toute façon aux entreprises du secteur. Les directions d’agence, les exploitants de lieux et les prestataires techniques ont tout intérêt à cartographier dès maintenant leurs salaires entreprises, en distinguant clairement les postes, les niveaux d’expérience, les types de contrat et les écarts de rémunération entre femmes et hommes. Cette première photographie permet d’identifier les écarts de rémunération supérieurs à 5 %, de vérifier si les critères de rémunération sont objectivables et de préparer les futures obligations de reporting prévues par la directive européenne sur la transparence salariale.

Sur le volet recrutement, la priorité opérationnelle consiste à revoir immédiatement les modèles d’offres d’emploi pour intégrer une fourchette de salaire crédible, cohérente avec le salaire moyen pratiqué dans l’entreprise et alignée avec les pratiques du secteur. Afficher un salaire précis n’est pas toujours possible dans l’événementiel, mais une fourchette salaire argumentée, associée à des critères de rémunération clairs, devient un minimum pour rester compétitif sur un marché de l’emploi tendu. Une offre d’emploi remaniée pour un chef de projet événementiel pourra par exemple indiquer : « Rémunération fixe entre 34 000 € et 40 000 € brut annuel selon expérience, complétée par une part variable liée à la réussite des événements (jusqu’à 10 %), primes de nuit et de week end selon planning, et avantages en nature (titres-restaurant, mutuelle, prise en charge transports) », ce qui rend la proposition plus lisible pour les candidats.

Les entreprises francaises du secteur peuvent aussi tester des formats d’offres plus pédagogiques, en expliquant la part variable liée aux événements, les primes de nuit ou de week end et les avantages en nature, comme le montrent déjà certaines analyses sur les offres gratuites et la valeur perçue dans l’industrie des événements B2B. Dernier levier à activer sans délai : la mise en cohérence entre transparence salariale, organisation du travail et modèles économiques des événements physiques, digitaux ou hybrides. Les obligations de transparence salariale événementiel vont pousser les entreprises à mieux documenter le coût du travail sur chaque format d’événement, du phygital aux grands salons, ce qui suppose de fiabiliser les données RH et budgétaires sur l’ensemble du cycle projet.

Dans cette perspective, les directions générales ont tout intérêt à intégrer la transparence salariale dans leurs réflexions sur les parcours participants et les modèles hybrides, comme ceux décrits dans ce dossier sur le parcours participant sans couture entre physique et digital, afin d’aligner stratégie commerciale, expérience client et politique de rémunération. En articulant reporting salarial, égalité femmes-hommes et pilotage économique des événements, les entreprises de l’événementiel B2B peuvent transformer une contrainte réglementaire en avantage concurrentiel durable.

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